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Les concessions forestières certifiées peuvent jouer un rôle complémentaire aux aires protégées dans la mise en œuvre des stratégies de conservation

28.02.2020

Des recherches scientifiques menées par l’Université de Liège (Gembloux Agro-Bio Tech) dans les forêts du sud-est du Cameroun évaluent l’influence des affectations des terres sur la biodiversité forestière et les services écosystémiques rendus par ces forêts.

Gembloux Agro-Bio Tech (CARE Forest Is Life, Université de Liège) et l’ATIBT sont des partenaires de longue date, qui œuvrent conjointement à la gestion durable des écosystèmes forestiers tropicaux d’Afrique Centrale. Ils sont à ce titre impliqués dans la mise en œuvre des projets DynAfFor et P3FAC, du collectif DYNAFAC.

En fin de thèse de doctorat dans cette Université, Simon LHOEST a mené ses recherches scientifiques dans les forêts du sud-est du Cameroun, en évaluant l’influence des affectations des terres sur la biodiversité forestière et les services écosystémiques rendus par ces forêts aux populations locales. En effet, les impacts de la gestion sur les forêts sont beaucoup moins connus en Afrique Centrale que dans les autres régions tropicales.

Le doctorant et ses collaborateurs[1] viennent de publier un nouvel article scientifique dans la revue Biological Conservation. Dans cette étude, ils évaluent et comparent la biodiversité d’une aire protégée (Réserve de Faune du Dja), d’une concession forestière certifiée FSC (société Pallisco) et de trois forêts communautaires gérées par les populations locales. Ils ont mesuré des indicateurs de biodiversité (richesse et composition en espèces) sur base d’inventaires de mammifères (44 pièges photographiques) et de coléoptères coprophages (72 pièges).

En tentant de comprendre les facteurs influençant la biodiversité, ils ont identifié le rôle prépondérant de la distance aux villages et aux routes, ainsi que celui des affectations des terres dans une moindre mesure, contrairement à l’influence négligeable de variables de structure forestière et d’habitat local. La proximité aux villages et aux routes, directement liée à une pression de chasse élevée, induit une perte en espèces dans les deux groupes, une réduction de la masse corporelle moyenne des animaux et la disparition des espèces de mammifères les plus menacées.

Les espèces de mammifères et de coléoptères montrent une richesse en espèces plus faible dans les forêts communautaires que dans l’aire protégée, et des valeurs intermédiaires dans la concession forestière certifiée FSC. La composition en espèces est très variable parmi les affectations forestières (turnover spatial des espèces élevé), montrant que les initiatives de conservation devraient intégrer de nombreux sites pour viser la conservation d’une multitude d’espèces, et pas uniquement se focaliser sur la protection de grandes zones isolées comme les aires protégées. La grande valeur de conservation de l’aire protégée est confirmée, et la concession forestière peut jouer un rôle complémentaire dans les stratégies de conservation grâce à la connectivité paysagère. En revanche, les forêts communautaires sont particulièrement défaunées en raison de leur proximité aux routes et villages, mais elles continuent tout de même à fournir des protéines animales aux populations locales.

Ces résultats ne doivent pas être généralisés à l’échelle du Cameroun ou de l’Afrique Centrale, mais ils démontrent la possibilité d’un haut potentiel des forêts de production dans la conservation de la biodiversité si elles sont gérées de manière raisonnée et en connexion avec des aires protégées.

Télécharger l’article « Conservation value of tropical forests: Distance to human settlements matters more than management in Central Africa »

Contact :

Simon LHOEST

E-mail : simon.lhoest@uliege.be

Téléphone : +32499378920

Photos issues d’une caméra-trap dans le cadre du projet :


[1] Les co-auteurs de l’étude font partie de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), l’association Nature+, l’association Catharsius, l’Université Rennes 2 et l’Université de Douala.

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