Actualités

RDUE : le coût caché de la conformité pour les pays producteurs et l’enjeu stratégique des données

13.02.2026

Le Règlement européen sur les produits sans déforestation (RDUE) constitue une étape majeure dans la lutte contre la déforestation importée. Pour le secteur du bois tropical, il représente à la fois un défi opérationnel et une opportunité de valoriser les efforts engagés de longue date en matière de légalité, de traçabilité et de gestion durable. À condition que sa mise en œuvre tienne compte des réalités des pays producteurs, le RDUE peut devenir un levier structurant pour la préservation des forêts tropicales.

Nous relayons ici l'article de Lydia Afriyie-Kraft, Astrid Zabel et Thomas Breu publié par Elsevier.

 
@FRM

Un objectif partagé, une responsabilité collective

L’objectif du RDUE est clair : empêcher l’accès au marché européen de produits issus de la déforestation ou de la dégradation des forêts. Cet objectif est largement partagé par les pays producteurs de bois tropical, dont beaucoup ont construit, au fil des années, des cadres réglementaires et des pratiques reposant sur l’aménagement forestier durable, la lutte contre l’exploitation illégale et la traçabilité des flux de bois.

Dans le Bassin du Congo, le secteur forestier s’appuie notamment sur le modèle de la concession aménagée, les plans d’aménagement, les inventaires forestiers et, pour une partie des opérateurs, la certification. Ces dispositifs ont contribué à maintenir un couvert forestier élevé tout en générant des retombées économiques et sociales pour les États et les populations locales.

Des exigences fortes qui pèsent principalement sur l’amont

La mise en œuvre du RDUE repose sur des obligations de diligence raisonnée exigeantes, fondées sur la collecte et la transmission d’un volume important de données (géolocalisation, légalité, documents administratifs, traçabilité, preuve de zéro déforestation). Si ces obligations s’appliquent formellement aux opérateurs mettant les produits sur le marché européen, leur mise en œuvre repose en grande partie sur les producteurs et transformateurs dans les pays d’origine.

Une analyse récente publiée dans ScienceDirect“Dealing with the cost of EUDR compliance data and potential monetisation: Opportunities and risks” (Lydia Afriyie-Kraft, Astrid Zabel, Thomas Breu) – met en évidence le caractère inégalement réparti des coûts liés aux données de conformité RDUE. Les auteurs soulignent que les producteurs des pays exportateurs, souvent confrontés à des contraintes techniques, institutionnelles et financières, sont particulièrement exposés.

Prévenir les distorsions de marché

L’article souligne également que, sans mesures d’accompagnement adaptées, cette répartition asymétrique des coûts pourrait entraîner des effets pervers : exclusion de certains opérateurs, substitution de fournisseurs ou report vers des circuits informels. De tels mécanismes iraient à l’encontre des objectifs du RDUE et pourraient fragiliser les acteurs engagés dans la légalité et la gestion durable des forêts tropicales.

Pour le secteur du bois tropical, l’enjeu est donc de garantir que la réglementation renforce – et non affaiblisse – les modèles de production responsables existants.

Les données : un coût aujourd’hui, un atout demain ?

L’étude publiée par Elsevier ouvre également une réflexion sur la valorisation potentielle des données de conformité. À terme, ces données pourraient constituer un levier pour :

  • améliorer la gouvernance forestière ;
  • renforcer la planification et la transparence ;
  • faciliter l’accès à de nouveaux mécanismes de financement liés au carbone ou aux services écosystémiques.

Toutefois, les auteurs alertent sur un point essentiel : une grande partie des pays producteurs de matières premières couvertes par le RDUE disposent de cadres juridiques encore fragiles en matière de protection des données. La valorisation des données ne peut donc être envisagée sans garanties solides, afin d’éviter toute utilisation abusive ou déséquilibrée au détriment des producteurs.

Vers une mise en œuvre partenariale du RDUE

Pour le secteur du bois tropical, la réussite du RDUE dépendra de sa capacité à s’inscrire dans une approche réellement partenariale. Cela suppose :

  • un dialogue renforcé entre l’Union européenne, les États producteurs et les acteurs privés ;
  • un appui technique et financier ciblé pour la mise à niveau des systèmes existants ;
  • la reconnaissance des efforts déjà engagés en matière de légalité, de traçabilité et de gestion durable ;
  • une articulation cohérente avec la certification, les politiques forestières nationales et les initiatives régionales.

Le RDUE constitue une avancée majeure pour la protection des forêts tropicales. Pour les pays producteurs et le secteur du bois tropical, il représente un défi important mais aussi une opportunité stratégique. À condition d’une mise en œuvre équitable, progressive et concertée, il peut contribuer à renforcer la gestion durable des forêts, valoriser les efforts existants et soutenir des chaînes de valeur plus justes, transparentes et durables.

Téléchargez l’article ici :

. 

 
Membres de l'ATIBT