13.02.2026
Les marchés volontaires du carbone forestier ont longtemps été présentés comme un levier clé pour financer la conservation des forêts tropicales. Une note récente d’Alain Karsenty analyse les limites structurelles de ces mécanismes, dans un contexte de remise en cause croissante de leur crédibilité. Un éclairage stratégique pour les acteurs engagés dans la gestion durable des forêts du Bassin du Congo.
Depuis le Protocole de Kyoto, les mécanismes carbone ont nourri l’espoir de générer des flux financiers significatifs en faveur des pays forestiers. Du Mécanisme de Développement Propre (MDP) aux dispositifs REDD+, l’objectif était de rémunérer la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation forestière
Toutefois, ces dernières années, de nombreuses publications scientifiques — largement relayées par la grande presse — ont remis en cause l’efficacité climatique d’une part significative des crédits carbone proposés sur les marchés volontaires, en particulier ceux liés à la « déforestation évitée »
Ces critiques ont entraîné une chute des transactions et une contraction de la demande, fragilisant un modèle déjà instable.
Au-delà de la question de la crédibilité environnementale, plusieurs limites structurelles sont mises en évidence :
Ces constats sont particulièrement importants pour les pays du Bassin du Congo, où le modèle de concession forestière sous aménagement durable constitue l’un des principaux remparts contre la conversion des forêts. Ce modèle repose sur une planification à long terme, des inventaires rigoureux, des obligations légales et, pour une part croissante, sur la certification indépendante.
Or, les mécanismes carbone, centrés sur la compensation d’émissions, ne capturent qu’une fraction des services écosystémiques rendus par ces forêts : biodiversité, régulation hydrique, stabilité climatique régionale, emplois formels, infrastructures sociales, contribution aux recettes fiscales nationales.
Les avancées récentes liées à l’article 6 de l’Accord de Paris ouvrent un cadre international de conformité visant à éviter le double comptage des réductions d’émissions
Ce nouveau régime pourrait générer des opportunités supplémentaires, sans pour autant résoudre les défis liés à la permanence du stockage carbone, aux fuites ou à l’additionnalité.
Dans ce contexte, l’étude évoque également des pistes alternatives : mécanismes non fondés exclusivement sur la compensation (comme l’initiative brésilienne TFFF) ou évolution vers une logique de contribution, valorisant un ensemble plus large de services écosystémiques
Pour l’ATIBT et ses membres, cette analyse conforte une position constante : la préservation des forêts tropicales ne peut reposer sur des marchés carbone volatils et controversés. Elle nécessite des instruments financiers robustes, prévisibles et compatibles avec la réalité de la gestion forestière durable en concession.
Lire l’étude complète :
https://www.cst-foret.org/ressource/note-de-contribution-les-marches-du-carbone-forestier-et-les-pays-en-developpement/
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