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Le bois, composante de la transition ferroviaire : une rencontre au siège de l’UIC à Paris

06.03.2026

Le 24 février 2026, l’ATIBT a participé à une réunion stratégique organisée à Paris avec le Track Expert Group de l’UIC – Union Internationale des Chemins de Fer, aux côtés de l’association ETIC (European Timber Industries Confederation), de SNCF Réseau et des sociétés Impregna et Durwood.

@UIC

Cette rencontre a réuni les responsables techniques des plus grandes compagnies ferroviaires d’Europe et du reste du monde, autour d’un enjeu central : l’avenir des traverses en bois dans un contexte de transition écologique, d’exigences réglementaires accrues et de décarbonation des infrastructures.

L’UIC : un acteur clé de la coopération ferroviaire mondiale

L’Union Internationale des Chemins de Fer (UIC) est l’organisation mondiale de coopération ferroviaire. Elle rassemble les principales entreprises ferroviaires et gestionnaires d’infrastructure afin d’harmoniser les standards techniques, de promouvoir l’innovation et d’accompagner le développement durable du transport ferroviaire à l’échelle internationale.

L’UIC joue un rôle structurant dans l’élaboration de référentiels techniques, la diffusion des bonnes pratiques et la coordination des stratégies liées à la sécurité, à la performance et à l’environnement. Dans un contexte où le rail est appelé à devenir un pilier majeur de la mobilité bas carbone, ses groupes d’experts techniques constituent des espaces d’échange déterminants.

La réunion du 24 février s’inscrivait précisément dans cette dynamique : examiner la place du bois dans les infrastructures ferroviaires modernes, à l’aune des nouvelles contraintes environnementales et industrielles.

 

SNCF Réseau : un choix stratégique en faveur du bois

SNCF Réseau a présenté un message clair : le bois demeure le complément exclusif des traverses en béton sur le réseau français.

Ce choix repose sur plusieurs fondements :

  • Le bois est une bio-ressource renouvelable, l’une des dernières grandes matières premières naturelles mobilisables à grande échelle.
  • Il constitue un matériau moderne et performant, capable de répondre aux exigences techniques contemporaines.
  • Il s’inscrit pleinement dans les objectifs de réduction des émissions de CO₂.

Chaque année, le réseau français mobilise entre 300 000 et 400 000 traverses en bois, ce qui témoigne de son rôle structurel dans l’infrastructure ferroviaire.

Un point majeur abordé lors de la réunion concerne l’évolution des traitements de préservation. Après dix années de recherche (3,5 millions d’euros investis) et la mise en service d’une nouvelle unité industrielle (6,5 millions d’euros), la SNCF dispose désormais de la plus grande unité européenne de traitement à l’huile de cuivre. Depuis janvier 2026, le réseau français n’utilise plus de créosote.

Les nouvelles solutions présentent des caractéristiques déterminantes :

  • absence de lessivage,
  • absence d’odeurs,
  • suppression des substances CMR,
  • conformité aux exigences européennes (règlement BPR),
  • validation selon la norme EN 599,
  • durabilité supérieure à 40 ans en voie.

L’argument environnemental ne se limite donc plus à la matière première : il englobe désormais l’ensemble du cycle de traitement.

 

 

 

 

ETIC : porter la voix de la filière bois européenne

Créée en 2021 et basée à Bruxelles, l’European Timber Industries Confederation (ETIC) représente les intérêts de différentes industries forestières européennes. Elle regroupe 18 membres, dont 11 fédérations sectorielles, des entreprises privées et des partenaires académiques.

ETIC défend une approche fondée sur :

  • la gestion durable et responsable des forêts européennes,
  • la promotion du bois comme pilier de l’économie circulaire,
  • l’utilisation du « bon bois pour le bon usage »,
  • la préservation de la fonctionnalité des industries du bois.

La Commission européenne, dans le cadre du Green Deal et de la Stratégie Forestière 2030, fixe des objectifs ambitieux : réduction de 55 % des émissions d’ici 2030 et neutralité carbone en 2050. Le bois est identifié comme un levier central de décarbonation :

  1. Stockage : les forêts absorbent et stockent le CO₂.
  2. Substitution : le bois remplace des matériaux fossiles ou fortement émetteurs.
  3. Valorisation énergétique en fin de vie.

La filière bois contribue ainsi à la bioéconomie européenne sans provoquer de déforestation : la gestion durable permet de maintenir les forêts en bon état tout en assurant leur renouvellement.

 

Le bois ferroviaire : une solution technique toujours pertinente, présentée par Impregna et Durwood.

La traverse en bois est parfois perçue comme un héritage du passé. Les échanges du 24 février ont démontré qu’elle constitue au contraire une solution technique parfaitement adaptée aux exigences actuelles.

1. Performance mécanique et adaptabilité

Le bois présente plusieurs avantages opérationnels :

  • excellente interaction ballast-traverse,
  • absorption naturelle des vibrations et des ondes acoustiques,
  • comportement mécanique progressif (non cassant),
  • adaptabilité dimensionnelle,
  • possibilité d’usinage sur site sans outils spécifiques.

Contrairement au béton, dont la rupture est brutale, le bois offre une déformation progressive qui limite les défaillances soudaines. Cette caractéristique est particulièrement stratégique sur des sols imparfaits.

2. Avantage économique réel

Le débat sur les coûts a été abordé de manière rigoureuse.

Comparer une traverse bois de cœur d’aiguillage à une traverse monobloc béton de ligne courante n’est pas pertinent. À usage équivalent (aiguillage vs aiguillage), le bois peut être 2 à 5 fois moins coûteux que le béton ou les matériaux composites (FFU).

Le critère pertinent est le coût du cycle de vie par appareil de voie, et non la durée théorique du matériau isolé. En pratique :

  • durée de référence : 30 ans,
  • remplacement souvent lié à l’évolution géométrique de l’appareil,
  • maintenance facilitée et interventions moins lourdes.

Les composites, bien que mécaniquement durables, présentent :

  • une énergie grise élevée,
  • des procédés industriels lourds,
  • des difficultés de gestion en fin de vie,
  • des possibilités limitées de valorisation énergétique.

À l’inverse, le bois :

  • stocke du carbone,
  • est renouvelable,
  • peut être réemployé,
  • peut être valorisé énergétiquement en fin de cycle.

 

Le bois tropical : une ressource stratégique sans traitement additionnel

Dans ce contexte, la contribution de l’ATIBT revêt une importance particulière.

Certaines essences tropicales naturellement durables présentent des caractéristiques exceptionnelles :

  • résistance mécanique élevée,
  • stabilité dimensionnelle,
  • durabilité naturelle,
  • résistance biologique intrinsèque.

Ces propriétés permettent, selon les cas, de réduire voire d’éviter certains traitements lourds, tout en assurant des performances techniques élevées. Le bois tropical offre ainsi une solution structurelle robuste dans des environnements exigeants.

Au-delà des performances techniques, l’enjeu est socio-économique et environnemental.

1. Valoriser les forêts tropicales gérées durablement

Le bois tropical issu de concessions certifiées ou gérées durablement permet :

  • de financer la gestion forestière,
  • de maintenir la surveillance et la planification à long terme,
  • de lutter contre la conversion des terres à des usages agricoles.

La gestion durable des forêts tropicales constitue un outil de préservation : une forêt exploitée de manière responsable conserve sa valeur économique et n’est pas convertie.

12 essences de bois tropical sont actuellement inscrites dans le référentiel “traverse bois” de la SNCF.

2. Maintenir l’emploi et l’économie locale

La filière bois tropicale soutient :

  • des milliers d’emplois directs et indirects,
  • des économies rurales,
  • des infrastructures locales,
  • des recettes fiscales nationales.

En intégrant le bois tropical durable dans les chaînes d’approvisionnement ferroviaires, les opérateurs contribuent à maintenir des filières structurées, légales et traçables.

La raison d’être du bois tropical dans ce secteur ne se limite donc pas à ses propriétés techniques : il participe à un modèle économique qui associe conservation, développement et emploi.

 

Un matériau aligné avec l’horizon 2050

À l’horizon de la neutralité carbone, le positionnement stratégique est clair :

  • le béton est un émetteur net,
  • les composites sont fortement énergivores,
  • le bois est un puits de carbone temporaire et un substitut bas carbone.

Dans une perspective réglementaire de long terme, un matériau à forte énergie grise pourrait devenir un passif environnemental. Le bois, au contraire, s’inscrit dans les trajectoires climatiques européennes.

 

Conclusion : une solution d’avenir, éprouvée par le temps

La réunion du 24 février à l’UIC a confirmé un point essentiel : la traverse en bois n’est pas une solution résiduelle, mais un choix stratégique, technique et climatique.

Grâce aux innovations en matière de traitement, à ses performances mécaniques, à son avantage économique et à sa contribution à la décarbonation, le bois répond aux défis contemporains.

Pour l’ATIBT, la participation à cette rencontre aux côtés d’ETIC, de la SNCF et d’Impregna a permis de rappeler un principe fondamental :

le bois, y compris le bois tropical issu de forêts gérées durablement, constitue une solution concrète aux défis environnementaux, industriels et sociaux de notre époque.

En valorisant cette ressource naturelle, renouvelable et performante, le secteur ferroviaire ne fait pas seulement un choix technique : il s’inscrit dans une vision cohérente de transition écologique, de maintien de l’emploi et de gestion responsable des forêts, en Europe comme dans les régions tropicales.

 

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