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RDUE : importateurs, producteurs et autorités compétentes face à l'échéance de 2026

12.06.2026

Un temps fort du Carrefour International du Bois 2026

À six mois de l'entrée en application du RDUE, les questions ne portent plus seulement sur le contenu du règlement, mais sur sa mise en œuvre concrète. Comment les entreprises se préparent-elles ? Que vont réellement contrôler les autorités compétentes ? Comment les producteurs répondent-ils aux nouvelles attentes des importateurs européens ?

Pour répondre à ces questions, l'ATIBT a réuni lors du Carrefour International du Bois de Nantes un panel exceptionnel associant autorités compétentes françaises et néerlandaises, grands importateurs européens et représentants du secteur forestier tropical. Une occasion rare de confronter les réalités de terrain de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

 

Un panel représentatif de toute la chaîne d’approvisionnement

Animée par Caroline Duhesme (ATIBT), la table ronde a réuni :

  • Jean-Max Peronne (Saint-Gobain Distribution Bâtiment France) ;
  • Dominik Mohr (CID Bois Tropicaux) ;
  • Vincent Istace (Olam Agri) ;
  • Tieme Wanders (NVWA – Autorité compétente des Pays-Bas pour le RDUE) ;
  • Arthur Quinquenet (Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire – Autorité compétente française) ;
  • Alessandra Negri (ATIBT/UICCB), pour la présentation des développements récents du Timber Trade Portal.

Cette diversité d’intervenants a permis d’aborder le règlement sous tous ses angles : conformité réglementaire, gestion opérationnelle des données, préparation des producteurs, contrôle des autorités et outils d’accompagnement.

Après les turbulences de 2025, les fondamentaux demeurent

En ouverture, l’ATIBT a présenté les dernières évolutions du RDUE et les clarifications publiées par la Commission européenne en mai 2026.

Un message essentiel est ressorti des échanges : malgré les modifications introduites fin 2025, les exigences fondamentales du règlement restent inchangées. Les produits concernés doivent être légaux, exempts de déforestation et de dégradation forestière, traçables jusqu’à leur origine et couverts par une diligence raisonnée.

Pour les fournisseurs situés dans les pays producteurs, les informations attendues par les importateurs européens restent donc largement identiques : géolocalisation, traçabilité, légalité et preuves de conformité.

Importateurs : le temps de la mise en œuvre

Les témoignages de Jean-Max Peronne (Saint-Gobain) et de Dominik Mohr (CID Bois Tropicaux) ont illustré les défis auxquels sont confrontés les opérateurs européens.

Le principal enjeu n’est plus de comprendre le règlement mais de construire des systèmes de diligence raisonnée capables de gérer un volume considérable de données, de vérifier leur cohérence et de démontrer la maîtrise des risques associés aux chaînes d’approvisionnement.

Les intervenants ont également souligné un point important : le RDUE accélère la professionnalisation des pratiques d’approvisionnement. Les entreprises doivent désormais mieux connaître leurs fournisseurs, leurs systèmes de contrôle et les conditions de production des bois qu’elles mettent sur le marché européen.

Producteurs : le RDUE comme opportunité plutôt que comme menace

Le témoignage de Vincent Istace (Olam Agri) a apporté un éclairage différent, souvent absent des débats européens.

Alors que le RDUE est parfois présenté comme une menace pour les producteurs tropicaux, il a défendu une lecture plus positive. Pour les entreprises engagées depuis longtemps dans la gestion durable et la certification, les principes du règlement correspondent largement à des pratiques déjà en place : traçabilité des produits, contrôle des opérations forestières, suivi des concessions et vérification indépendante.

Au-delà de la conformité, Vincent Istace a également soulevé une question plus stratégique : comment faire en sorte que les coûts et les investissements consentis en amont de la chaîne soient reconnus et valorisés sur les marchés ? Une interrogation qui dépasse largement le cadre du seul RDUE et renvoie à l’avenir économique de la gestion durable des forêts tropicales.

Un temps fort : les attentes des autorités compétentes

La présence de Tieme Wanders, représentant de l’autorité compétente néerlandaise (NVWA), et d’Arthur Quinquenet, représentant de l’autorité compétente française, a constitué l’un des moments forts de cette table ronde.

Les entreprises présentes ont ainsi pu entendre directement les administrations qui seront chargées de contrôler l’application du règlement à partir de décembre 2026.

Les autorités ont présenté les travaux préparatoires engagés dans leurs pays respectifs : contrôles pilotes, préparation des équipes, échanges entre États membres et travaux d’harmonisation.

Les résultats des « dry runs » menés par la NVWA ont notamment montré que de nombreuses entreprises ont déjà commencé à mettre en place des systèmes de diligence raisonnée, mais que la qualité des évaluations de risque et des mesures d’atténuation reste encore très variable. Un enseignement important est ressorti : la diligence raisonnée ne se limite pas à collecter des documents. Les autorités chercheront avant tout à vérifier la cohérence globale du système mis en place par l’entreprise.

Certification : des signaux encourageants

Autre sujet particulièrement attendu par la filière : la place de la certification dans le dispositif RDUE.

Les autorités néerlandaises ont présenté leurs réflexions visant à mieux intégrer certains systèmes de certification dans leur approche de supervision fondée sur le risque. Elles ont notamment indiqué avoir reconnu la gouvernance de systèmes tels que FSC et RSPO comme base de travail pour poursuivre leurs réflexions.

Le message est clair : la certification ne remplace pas la diligence raisonnée et ne dispense pas des contrôles. En revanche, elle peut contribuer à renforcer la confiance, à réduire certains efforts de collecte d’informations et à améliorer l’efficacité des contrôles fondés sur le risque.

Pour les filières certifiées du Bassin du Congo, qui investissent depuis plusieurs décennies dans la traçabilité, la légalité et la gestion durable, il s’agit d’un signal particulièrement encourageant.

Des ressources concrètes pour accompagner les entreprises

La table ronde a également été l’occasion de présenter plusieurs outils destinés à accompagner les opérateurs dans leur préparation au RDUE.

Le Timber Trade Portal

Présenté par Alessandra Negri, le Timber Trade Portal (TTP) poursuit son évolution afin de répondre aux nouvelles attentes des entreprises confrontées au RDUE.

Cette plateforme de référence fournit des informations détaillées sur les cadres réglementaires nationaux, les documents de légalité, les systèmes de traçabilité et les exigences applicables dans les principaux pays producteurs. Elle constitue aujourd’hui une ressource précieuse pour les opérateurs souhaitant renforcer leur diligence raisonnée.

Les nouvelles brochures de l’ATIBT

L’ATIBT a également présenté deux nouvelles publications :

RDUE & bois tropicaux certifiés : repères pratiques pour les importateurs européens, qui explique comment les filières certifiées peuvent contribuer à l’évaluation et à la réduction des risques RDUE ;

Gestion durable des forêts certifiées : ce que vous ne voyez pas fait toute la différence, qui met en lumière les mécanismes de gestion durable, de traçabilité et de contrôle mis en œuvre dans les concessions certifiées du Bassin du Congo. 

De la conformité à la création de valeur

Au-delà des aspects réglementaires, cette table ronde a fait émerger une question de fond : le RDUE sera-t-il uniquement un exercice de conformité ou permettra-t-il aussi de mieux reconnaître les filières qui investissent dans la gestion durable ?

Pour les producteurs comme pour les importateurs, la réussite du règlement dépendra aussi de sa capacité à valoriser les chaînes d’approvisionnement transparentes, légales et responsables.

À six mois de l’échéance, une chose apparaît certaine : la préparation au RDUE est désormais entrée dans sa phase finale. Les règles sont connues. Les attentes des autorités se précisent. Il appartient désormais à l’ensemble des acteurs de la filière de transformer cette contrainte réglementaire en opportunité de différenciation et de confiance.

Téléchargez ici la présentation de la Table Ronde.

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