28.08.2026
La République Démocratique du Congo s’est dotée d’une Politique Forestière Nationale qui fixe les grandes orientations du secteur à l’horizon 2035. Gouvernance, aménagement durable, transformation locale du bois, foresterie communautaire, biodiversité et financements innovants figurent au cœur de ce nouveau cadre stratégique. Pour la filière forêt-bois, cette politique ouvre une nouvelle étape, avec l’ambition affichée de mieux concilier gestion durable des ressources, développement économique et enjeux climatiques.
Avec près de 170 millions d’hectares de forêts, la République Démocratique du Congo constitue le deuxième pays forestier tropical au monde. Ses forêts représenteraient plus de 60 % de celles du Bassin du Congo et environ 10 % des forêts mondiales. Elles jouent un rôle essentiel pour la biodiversité et la régulation du climat, mais également pour les populations : plus de 50 millions de Congolais dépendent, à différents degrés, des ressources forestières pour leur subsistance.
Malgré ce potentiel considérable, le poids économique du secteur forestier formel demeure limité. Selon le diagnostic ayant précédé l'élaboration de la Politique Forestière Nationale (PFN), sa contribution représente moins de 1 % du PIB. La production industrielle de grumes stagne autour de 300 000 m³ par an, tandis que la production nationale reste largement dominée par une exploitation artisanale majoritairement informelle. Le pays compte actuellement 43 titres de concessions forestières de production couvrant environ 8 millions d'hectares, dont une vingtaine seraient effectivement exploitées.
Une vision à l'horizon 2035
C'est dans ce contexte que la PFN entend fournir au pays un cadre stratégique cohérent pour la gestion de son patrimoine forestier. Sa vision à l'horizon 2035 est celle de forêts gérées durablement et contribuant simultanément à la lutte contre la pauvreté, à la résilience climatique et à la préservation de la biodiversité.
Cette vision est organisée autour de sept axes stratégiques : le renforcement du cadre normatif et juridique ; la réforme du cadre institutionnel et le renforcement des capacités ; l'affectation et l'aménagement durable du domaine forestier ; la valorisation économique des ressources forestières ; la conservation et la valorisation de la biodiversité ; la coordination avec les autres politiques publiques ; enfin, le développement des partenariats, de la coopération et de mécanismes de financement innovants.
L'un des enjeux majeurs est celui de la gouvernance. La PFN vient notamment répondre à un vide stratégique ancien : si le Code forestier de 2002 prévoyait l'élaboration d'une politique nationale, celle-ci n'avait jusqu'ici pas été mise en place. Le nouveau cadre entend notamment clarifier les responsabilités entre les niveaux national, provincial et local, renforcer l'administration forestière et améliorer l'application de la réglementation.
Faire de la forêt un véritable secteur économique
Pour les acteurs de la filière bois, l'une des orientations les plus significatives concerne la volonté de développer davantage la valorisation économique des ressources forestières en RDC.
La PFN entend moderniser les chaînes de valeur, de la récolte jusqu'à la transformation et à la commercialisation, afin d'accroître la valeur ajoutée créée dans le pays. Elle prévoit de soutenir les investissements dans la transformation plus poussée du bois, l'innovation technologique, la valorisation des déchets d'exploitation et de transformation ainsi que l'installation d'unités industrielles modernes. Le document envisage également la réduction et/ou l'interdiction des exportations de grumes, dans une logique de développement de la transformation locale.
Cette ambition suppose parallèlement un renforcement important des compétences. La politique prévoit notamment le développement de centres et d'écoles de formation professionnelle consacrés aux métiers du bois et à la gestion durable des ressources forestières, ainsi que de laboratoires d'analyse et de caractérisation du bois. Ces outils doivent contribuer à la certification, à la normalisation et à l'émergence d'une industrie capable de répondre aux exigences des marchés nationaux et internationaux.
Cette orientation fait directement écho aux enjeux auxquels sont confrontés les acteurs de la filière en Afrique centrale : professionnalisation des métiers, amélioration des performances industrielles, développement de la transformation locale, légalité et traçabilité des produits, certification et accès aux marchés.
Une place renforcée pour les communautés et les services environnementaux
La PFN accorde également une place importante à la foresterie communautaire. Elle reconnaît les droits coutumiers des communautés locales et des peuples autochtones pygmées et prévoit leur participation à la gouvernance des ressources forestières, notamment selon le principe du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP).
Les Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL), qui peuvent atteindre 50 000 hectares par communauté, constituent l'un des instruments de cette politique. Leur vocation peut être multiple et inclure notamment l'exploitation artisanale du bois d'œuvre.
Au-delà du bois, la politique entend par ailleurs diversifier les sources de valeur économique associées aux forêts. Elle intègre ainsi les paiements pour services environnementaux, les marchés carbone, les crédits biodiversité et des initiatives internationales telles que le Tropical Forest Forever Facility (TFFF).
De l'ambition à la mise en œuvre
La PFN constitue ainsi un cadre particulièrement ambitieux, qui cherche à repositionner la forêt à la fois comme patrimoine naturel stratégique et comme levier de développement économique.
Son principal enjeu sera désormais sa mise en œuvre. Le diagnostic sur lequel elle repose souligne en effet plusieurs difficultés structurelles : faibles capacités institutionnelles, application insuffisante du cadre réglementaire, importance du secteur informel, faiblesse de l'industrie de transformation et mobilisation encore limitée des ressources financières nationales. Le financement du secteur reste aujourd'hui largement dépendant des partenaires techniques et financiers internationaux.
Pour la filière forêt-bois, l'enjeu sera notamment de traduire les orientations de la PFN en conditions permettant le développement d'entreprises formelles et compétitives, capables d'investir sur le long terme dans l'aménagement durable, la transformation locale, les compétences, la traçabilité et la certification.
La RDC dispose à cet égard d'un potentiel forestier et industriel considérable. La nouvelle Politique Forestière Nationale pose désormais un cadre pour mieux le valoriser, tout en maintenant l'objectif central de gestion durable de l'un des plus importants massifs forestiers tropicaux de la planète.
Consulter et télécharger la Politique Forestière Nationale de la République Démocratique du Congo – Novembre 2025 : [Télécharger le document]