06.02.2026
La thèse de Doctorat de Crispin Ilunga-Mulala Mushagalusa, Gembloux Agro-Bio Tech, Université de Liège demontre que lorsqu’elle est pratiquée selon les normes légales, l’exploitation forestière en Afrique centrale a un faible impact sur le couvert forestier, avec seulement un à deux arbres prélevés par hectare tous les 25 à 30 ans.
Cependant, ce modèle repose sur un nombre limité d’espèces (une trentaine), dont certaines présentent une faible capacité de régénération en forêt naturelle. Les espèces les plus concernées, sont celles ayant besoin d’une forte luminosité dans les premiers stades de développement. Il en résulte un écrémage progressif des peuplements et une perte de rentabilité à relativement court terme. La mise au point des approches sylvicoles pragmatiques basées sur la régénération assistée ou artificielle, est nécessaire afin de garantir la durabilité de l’exploitation forestière et d’éviter la conversion des terres en d’autres activités plus lucratives.
Cette thèse a pour objectif général d’identifier les pratiques sylvicoles plus efficientes permettant d’assurer la régénération des espèces exploitées au sein des concessions forestières d’Afrique centrale. Plus spécifiquement, elle vise à définir les facteurs déterminant la survie et la croissance d’espèces locales de haute valeur commerciale plantées dans les ouvertures crées lors des activités d’exploitation : les trouées d’abattage, les anciens parcs à grumes et les zones dégradées le long des routes. Les travaux ont été menés dans les concessions gérées par deux sociétés forestières au Sud-Est du Cameroun, et ayant initié des activités d’enrichissement depuis 19 ans.
Les résultats de cette thèse indiquent que dans les trouées d’abattage, cinq espèces – Detarium macrocarpum Harms, Erythrophleum suaveolens (Guill. & Perr.) Brenan, Terminalia superba Engl. & Diels, Baillonella toxisperma Pierre et Prioria oxyphylla (Harms) Breteler – ont présenté des taux de survie supérieurs à 80 % après une période de 14 à 19 ans. À l’inverse, toutes les plantules d’Entandrophragma cylindricum (Sprague) Sprague sont morts après 15 ans. Terminalia superba a affiché la plus grande croissance en diamètre (16 mm·an-1) et en hauteur (103 cm·an-1). Lovoa trichilioides Harms et B. toxisperma ont présenté des accroissements en diamètre supérieurs à 2 mm·an-1. Cette étude recommande d’enrichir les trouées d’abattage avec T. superba et, sous condition d’un entretien régulier, d’utiliser B. toxisperma, E. suaveolens et D. macrocarpum.
Dans les anciens parcs à grumes, la survie annuelle des plants varie de 59 à 98 % selon les espèces après six ans. Les plus grandes croissances en diamètre ont été observées chez T. superba (21 mm·an-1) et Pterocarpus soyauxii Taub. (12 mm·an-1). Le rippage du sol avec de dents de bulldozer à une profondeur de 40 cm a eu un effet positif sur T. superba, tandis que la taille du parc n'a pas influencé la performance des espèces. L'étude recommande d'enrichir les anciens parcs à grumes avec T. superba et P. soyauxii. Le rippage du sol n'ayant qu’un impact limité, il est recommandé d’investir plutôt dans le dégagement de la végétation concurrente.
Dans les zones ouvertes en forêts secondaires les taux annuels de survie ont varié de 67 à 99 % sur une période allant jusqu’à 15 ans, en fonction de l'espèce, de l'âge des plants, et de la méthode de dégagement de la végétation concurrente. Piptadeniastrum africanum (Hook.f.) Brenan a eu le taux de survie le plus élevé de 99 % après 14 ans. L'accroissement diamétrique dépend de l'espèce, de la proximité des zones ouvertes (routes), de l'âge des arbres, de la préparation des parcelles et de la méthode de dégagement de la végétation concurrente. Les accroissements diamétriques moyens les plus élevés (10 à 13 mm·an-1) ont été observés pour Bobgunnia fistuloides (Harms) JHKirkbr. & Wiersema, Triplochiton scleroxylon K.Schum., Distemonanthus benthamianus Baill. et Pseudospondias microcarpa (A.Rich.) Angl.
Il est notamment recommandé d’enrichir les forêts de production du bois en Afrique centrale avec des espèces locales. Les zones entièrement ouvertes, notamment les sites déboisés même en dehors des concessions forestières, pourraient être restaurées avec des espèces difficiles à établir dans des zones forestières dégradées. L’influence de la faune sur la mortalité des plantules, notamment chez E. cylindricum, mérite d’être approfondie afin de développer des stratégies adaptées aux espèces sensibles à l’herbivorie. Pour les espèces à fructification irrégulière ou dont les graines sont prédatées, l’étude des méthodes de conservation est utile. Des expérimentations combinant les facteurs génotypiques, phénotypiques et environnementaux aideraient à mieux identifier les déterminants de la performance des espèces vulnérables. Enfin, les analyses de bilans carbone et économiques, complétées par des projections à long terme, permettront d’évaluer avec plus de précision la durabilité et la rentabilité des plantations d’enrichissement.