06.03.2026
Le projet Ebony coordonné par le CBI (Congo Basin INstiture) a publié son rapport d'activité annuel 2025, qui met en avant un partenariat décennal réunissant des entreprises, des communautés et des chercheurs dans le but de restaurer des paysages forestiers dégradés, de préserver une essence tropicale de grande valeur et de renforcer les moyens de subsistance ruraux au Cameroun.
Un modèle de restauration qui ne cesse de se développer
Depuis son lancement en 2016, le projet a mis en place un programme de plantation communautaire conçu comme un projet pilote pour des efforts plus larges de restauration de la forêt tropicale.
À ce jour, les communautés participantes ont planté 81 982 arbres, dont 47 561 ébènes et 34 421 arbres fruitiers, illustrant un modèle qui combine la restauration écologique et les avantages connexes en matière de sécurité alimentaire.
En 2025, avec le soutien de l'Initiative internationale pour le climat (IKI) de l'Allemagne, le projet s'est étendu pour la première fois au-delà du grand paysage de Dja en intégrant six nouvelles communautés situées près du parc national de Lobéké. Cette expansion vers l'est offre à la fois des opportunités et une complexité opérationnelle : la région de Lobéké est nettement plus éloignée (à « trois jours de route » de Yaoundé), ce qui a nécessité le recrutement d'un technicien agroforestier basé localement et soulevé d'importantes questions sur la performance du modèle dans une région où l'accès aux marchés pour les excédents de fruits est limité. Les ébènes cultivés en association ne seraient théoriquement pas disponibles pour la récolte avant une génération.
Engagement communautaire : le FPIC et la transition vers « l'indépendance »
Une caractéristique opérationnelle notable est l'approche du projet en matière de consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), qui se déroule à deux niveaux : tout d'abord, l'évaluation de la volonté et de la capacité collectives de la communauté (par exemple, la construction d'une pépinière) ; ensuite, l'identification des ménages qui souhaitent réellement planter des arbres sur leurs propres terres. Le rapport souligne une réalité essentielle sur le terrain : la participation active ne concerne souvent qu'une fraction des habitants, ce qui est un élément important à prendre en compte pour tout modèle de restauration communautaire.
Étant donné que la participation et l'intensité de la plantation varient considérablement d'un village à l'autre, le projet a introduit une nouvelle catégorie dans sa typologie communautaire, « Indépendant », afin de refléter les communautés qui ne bénéficieront plus des primes incitatives et ne recevront plus d'assistance technique régulière. Il s'agit d'une étape cruciale : concevoir des voies pour un entretien à long terme au-delà de l'intervention directe du projet.
La science avec des implications directes pour la gestion forestière
En 2025, le projet a publié dans Science Advances des résultats marquants sur l'interdépendance entre l'ébène et les éléphants de forêt africains en danger critique d'extinction, largement connus sous le nom de « Ebony and Ivory » (ébène et ivoire). Les résultats sont frappants pour tous ceux qui travaillent dans le domaine de la gestion durable et de la restauration des forêts : au-delà de l'ébène, le projet fait également progresser la propagation d'autres espèces de bois dur menacées avec le soutien de la Fondation Franklinia, notamment 2 120 jeunes arbres mukulungu (Autranella congolensis) et 490 jeunes arbres moabi (Baillonella toxisperma).
Mesurer l'impact de manière plus rigoureuse : théorie du changement, indicateurs clés de performance et ambitions en matière de données ouvertes
Le financement du GEF7 a catalysé un changement radical dans l'évaluation de l'impact. En 2025, une équipe d'étudiants camerounais et américains a contribué à jeter les bases d'un système de suivi et d'évaluation (S&E), parallèlement au recrutement d'un spécialiste en S&E. L'équipe a élaboré une théorie du changement afin d'articuler les résultats sans exagérer la causalité, en distinguant explicitement les impacts connus, probables et possibles.
Le projet étend ses indicateurs clés de performance (KPI) au-delà de la plantation d'arbres pour englober des mesures telles que les hectares plantés, les taux de survie, les bénéficiaires, les jours de formation, la participation des femmes et les publications évaluées par des pairs, entre autres. Il a également créé une base de données de rapports de missiondocumentant 325 visites dans les communautés afin de suivre les formations, le suivi et les investissements locaux.
À l'avenir, l'équipe prévoit de dévoiler un tableau de bord Tableau accessible au public en 2026, tout en répondant aux attentes croissantes en matière de souveraineté des données autochtones et de partage éthique des informations recueillies sur le terrain.
Un moment charnière : maintenir un financement à long terme
Le rapport est franc quant au défi que représentent les longs délais biologiques en matière de financement. La réalisation des trois premières étapes communautaires nécessite au moins sept ans, soit plus que la durée de nombreux cycles de financement. Le projet s'est fortement appuyé sur le soutien à long terme de Bob Taylor (Taylor Guitars), qui a fourni entre 250 000 et 350 000 dollars par an depuis le lancement du projet, un soutien qui ne peut être considéré comme acquis indéfiniment.
Bien que le Fonds pour l'environnement mondial et la Fondation Franklinia fournissent un soutien provisoire à certaines communautés au moins jusqu'à la fin du GEF8 en 2033, le projet recherche activement des financements supplémentaires pour compenser les éventuels déficits futurs et permettre sa poursuite ou son expansion, éventuellement dans les pays voisins du bassin du Congo.
Lisez le rapport d'étape annuel 2025 (projet Ebony) pour plus de détails sur les résultats, les méthodes et les prochaines étapes. Tous les rapports annuels et les documents clés du projet sont disponibles sur crelicam.com/resources.
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