30.04.2026
Le 24 avril 2026, à Kuala Lumpur, s’est tenu le « Trade and Markets Day », en marge de l’atelier régional Asie-Pacifique de l’OIBT sur les avis de commerce non préjudiciable de la CITES. ATIBT y était représentée via notre Directrice Strategie et Innovation l’association aux côtés d’experts internationaux. Tour d’horizon des enjeux débattus.
24 avril 2026 – Hôtel Aloft, Kuala Lumpur, Malaisie – en partenariat avec le ministère des Plantations et des Produits de base (KPK) de Malaisie
La journée a débuté par une intervention du Professeur Herry Purnomo (CIFOR Indonésie), qui a rappelé que la demande mondiale de bois devrait augmenter de 37 % d’ici 2050. Dans un contexte marqué par le changement climatique et le renforcement des réglementations environnementales, il a souligné la difficulté croissante de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de garantir une traçabilité complète — notamment pour le bois issu des petits exploitants — et a plaidé pour une meilleure articulation entre instruments publics, à l’image du système SVLK+ indonésien, et initiatives privées.
La mise en œuvre du Règlement de l’UE sur la déforestation (RDUE) a occupé une large place dans les échanges. Caroline Duhesme (ATIBT) a détaillé les quatre exigences fondamentales du texte : zéro déforestation, légalité, géolocalisation et diligence raisonnée. Elle a notamment souligné que les licences FLEGT, si elles couvrent l’aspect légalité, ne suffisent pas à elles seules pour satisfaire aux exigences du RDUE. Elle a également insisté sur le fait que la certification de gestion forestière durable (SFM) constitue un outil complet — couvrant plusieurs dimensions clés du règlement, notamment la légalité, la gestion du risque et la traçabilité — mais demeure aujourd’hui sous-évalué dans le cadre réglementaire européen.
Le PEFC, représenté par le MTCC malaisien, a présenté ses outils d’adaptation au RDUE : révision de la norme de gestion forestière durable (ST 1003:2024) et déploiement d’un module de diligence raisonnée intégrant la géolocalisation, en partenariat avec des acteurs technologiques comme LiveEO et osapiens.
Deux approches technologiques ont retenu l’attention. Le Dr Arif Malik (Université d’Adélaïde) a présenté les méthodes d’identification du bois par les isotopes stables, notamment à travers l’initiative World Forest ID, qui vise à construire une base de données mondiale de référence en libre accès pour améliorer la transparence des chaînes d’approvisionnement. Le Dr Yong Hau Tay (Agritix / Xylorix) a, quant à lui, présenté une solution d’identification automatisée par intelligence artificielle, utilisable sur le terrain via une lentille macro sur smartphone. Un outil de dépistage de première ligne prometteur, qui ne se substitue pas à l’expertise des anatomistes en laboratoire.
Trois pays fournisseurs ont partagé leurs expériences. La Malaisie (MTC) fait face à une faible demande, à des coûts de conformité élevés et à des perturbations logistiques liées aux tensions géopolitiques. La perspective d’un classement du Meranti (espèce Shorea) à l’Annexe II de la CITES est perçue comme une menace sérieuse pour ses exportations.
L’Indonésie, dont les exportations forestières atteignent environ 12,78 milliards USD en 2025, a intégré la géolocalisation à son système SVLK (devenu SVLK+) et engage une diversification de ses marchés vers l’Asie du Sud, l’Afrique et l’Europe de l’Est.
Le Vietnam, pour sa part, a engagé une transition vers les forêts de plantation et la fabrication de produits à valeur ajoutée, avec pour maîtres mots la flexibilité et l’innovation — bien que les cycles de rotation restent relativement courts (souvent 4 à 6 ans), ce qui pose la question de la durabilité à long terme de la ressource.
L’après-midi a mis en lumière deux facteurs d’incertitude supplémentaires. Le Dr Steve Johnson a détaillé les difficultés de conformité CITES en Asie pour la délivrance des avis de commerce non préjudiciable (NDF) et des permis d’exportation, et a présenté le programme CTSP II, financé par l’Allemagne, qui soutient le renforcement des capacités scientifiques et de suivi dans les pays concernés.
De son côté, Joseph O’Donnell (IWPA) a analysé le paysage commercial américain à l’ère Trump 2.0, marqué par le recours à des instruments tarifaires (notamment au titre des sections 122 et 232) ainsi que par des enquêtes antidumping et compensatoires ciblant notamment les importations de contreplaqué de feuillus en provenance d’Asie.
La journée s’est clôturée par une table ronde animée par Mme Sheam Satkuru, qui a permis de croiser les regards sur les synergies entre CITES, commerce et exigences des marchés. Un échange riche qui illustre la complexité croissante du contexte dans lequel opère la filière bois tropical certifié — et la nécessité pour les acteurs du secteur de rester pleinement mobilisés à l’échelle internationale.